Lutte contre l’insécurité : ce qu’en dit la science économique

Lutte contre l’insécurité : ce qu’en dit la science économique

En un an, les préoccupations sécuritaires françaises ont tellement bondi que 86 % d’entre elles pensent désormais que la lutte contre le terrorisme et le terrorisme sera un sujet crucial pour la campagne présidentielle 2022 image des débats actuels (et si l’on s’accorde sur la justesse des diagnostic), les questions doivent porter sur les mécanismes de maintien de l’ordre et de l’efficacité des sanctions, idées qui ont fait l’objet d’une «abondante littérature en économie».

En particulier, deux approches apparemment complémentaires peuvent être distinguées: l’approche rationnelle, dite sanction optimale, et l’approche identitaire.

La première, l’approche logique, s’appuie sur la fondation de l’économiste américain Gary S. Becker, lauréat en 1992 du prix suédois d’économie bancaire en mémoire d’Alfred Nobel. Dans son article de 1968 Crime and Punishment, Becker suit les traces du philosophe britannique Jeremy Bentham et choisit de voir le crime ou la torture comme le résultat d’un calcul économique rationnel.

Elle suppose donc qu’en dehors de certains cas où l’on pourrait être cliniquement ou passionnément qualifié, les individus sont raisonnables et font leur choix selon un simple équilibre coût/bénéfice. Par cette méthode, tout individu s’apparente ainsi à un contrevenant qui pondère, pour chacun de ses actes, d’une part les rendements attendus découlant de son acte illicite, et d’autre part la sévérité de la sanction obtenue liée à la vraisemblance. trouver son action.

Est-il rationnel de frauder dans le métro ?

Est-il rationnel de frauder dans le métro ?

Cette approche est intéressante pour le législateur car elle lui donne les clés pour déterminer des régimes efficaces de punition et de détection, en ce sens qu’ils empêchent les individus de commettre des actes illicites. Voir l'article : Fil de Science : Moustiques OGM, variants et cerveau | Podcast.

Pour bien comprendre, prenons un exemple quantitatif : une fraude au transport qui coûterait à la RATP quelque 171 millions d’euros par an. Disons que le ticket de métro est affiché à 2 euros. Prenons l’exemple d’une personne qui doit faire 5 allers-retours par semaine, 45 semaines par an. Le coût total d’utilisation du service 225 fois est donc de 2 x 225 = 450 euros. S’il choisit de tricher systématiquement, ce coût sera gagnant s’il n’est jamais puni.

Imaginons maintenant que la sanction pénale soit fixée à 65 euros et soit automatiquement rétablie. Mais pour percevoir une amende forfaitaire, encore faut-il établir l’infraction à l’avance. Dans notre exemple, la délinquance devrait être observée 7 fois pour annuler le gain économique attendu de l’individu (7 x 65 = 455 euros).

Autrement dit, à peine pécuniaire constante, il faudrait une probabilité de détection au moins égale à 3,11% (7/225) pour le dissuader de commettre un crime, et donc de suivre la règle établie… au moins si il raisonnable.

Évidemment, notre exemple est grandement simplifié, et ignore volontairement tous les paramètres qui peuvent plus fortement encourager l’acte frauduleux (par exemple, avec des peines plus élevées si un délit se répète), ou inversement l’encourager davantage (par exemple, le réduire, voire percevoir des pénalités en cas d’usurpation d’identité).

Cependant, cette approche a le mérite d’établir clairement les deux leviers d’action dont dispose l’autorité publique pour empêcher les auteurs d’agir : la sévérité de la sanction (et la certitude de son application), et la probabilité de la retrouver. Ces deux impulsions renvoient respectivement aux fonctions régaliennes de justice et de police, et peuvent être exécutées séparément ou conjointement.

Augmenter la probabilité de détection nécessite des ressources humaines et des informations. Ils doivent être visibles, crédibles et efficaces. C’est le choix fait, par exemple, par la Chine lorsqu’elle exploite son système de crédit social. Certes, l’efficacité de ce système dépend en partie du caractère spécifique et automatique de la sanction, mais bel et bien du recours massif aux forces de l’ordre, aux caméras et aux capteurs intelligents dans les villes et les bâtiments qui modélisent fortement les comportements.

Car, dans les grandes villes de l’Empire du Milieu, il est de notoriété publique que rien n’échappe à l’œil de Pékin. A l’évidence, le système du crédit social nous paraît inacceptable en France, ce qui pour nous témoigne de notre adhésion à nos valeurs démocratiques et républicaines.

Cependant, l’histoire récente nous a rappelé toute l’inertie associée à l’utilisation et, avant, au recrutement et à la formation des forces de l’ordre, en particulier dans le contexte de l’austérité budgétaire. C’est-à-dire qu’à défaut d’augmenter significativement les capacités de détection d’actes illicites, la situation pourrait, en suivant cette logique, nécessiter l’activation d’un levier judiciaire, en renforçant les sanctions obtenues et en appliquant des sanctions.

C’est cette logique qui est suivie lorsque, par exemple, des parcours spécifiques sont relevés en faveur de l’augmentation des sanctions sécuritaires en cas d’attaque policière, de la création de nouvelles places en prison, ou encore d’une nouvelle réduction de l’âge de la majorité pénale à 15 ans. années.

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Des sanctions qui contribuent à l’exemplarité

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Aussi intéressante qu’elle soit, il y a clairement des limites à l’approche « à la Becker » de la criminologie. En particulier, elle obscurcit complètement la question du déterminisme social qui peut être considérée comme importante dans les problèmes de délinquance. Voir l'article : Comment Voir mes caméras de surveillance sur mon smartphone. Il a également du mal à expliquer la préférence individuelle pour les actes répréhensibles, en particulier lorsque la responsabilité délictuelle est censée répondre à des normes sociales alternatives à celles promues par une société qui construit des identités sociales.

Ce vide que l’on peut combler dans certains travaux économiques sur l’identité et, en particulier, les travaux de George Akerlof (prix de la Banque suédoise en économie à la mémoire d’Alfred Nobel en 2001) et Rachel Kranton. Dans leur article de 2000 sur l’économie et l’identité, les économistes soutiennent essentiellement que les individus adhèrent à des normes sociales qui guident – et parfois dictent – comment ils doivent se comporter, en bref, pour définir des critères d’identité. Par exemple, un bon citoyen ne doit pas jeter ses déchets par terre mais les mettre dans une poubelle car il pense aux autres et à la planète.

Cependant, si des individus rejoignent des groupes contestataires, marginalisés, voire criminels, ce raisonnement fonctionne aussi et peut bénéficier en remettant en cause l’ordre public… augmenter la notoriété ou la légitimité de l’individu dans son groupe.

Dans un tel schéma, la méthode « style Becker » ne fonctionne plus. En effet, comment discipliner des individus pour qui la punition, loin d’être la peur, est parfois l’objectif recherché ? En effet, la marginalisation est souvent le résultat d’un sentiment d’exclusion plus ou moins authentique. L’approche identitaire suggère donc d’éviter une trop grande médiatisation des délinquants et des auteurs, et de privilégier le groupe beaucoup plus large de ceux qui travaillent et œuvrent pour une société meilleure.

Pour (re) créer les conditions propices à l’adhésion aux valeurs communes de la société, il existe des propositions qui, par exemple, tournent autour du «nom et de la honte». Ce dernier a su faire preuve d’une efficacité particulière, notamment dans le cadre de la lutte contre la criminalité en col blanc, en sanctionnant les pratiques perverses des personnes physiques ou morales.

Plus ces méthodes s’avèrent extrinsèques, plus elles contribuent à l’exemple nécessaire des élites, des élus et des entreprises, qui non seulement génèrent un coût social direct, mais induisent également une forme de garantie morale qui les autorise tous. société à adopter des comportements déviants.

Comme nous le verrons, rationalisme et approches identitaires se complètent. Une application de l’un ou l’autre risque de créer de nouvelles inefficacités. D’une part, l’approche unique de Beckerian serait susceptible de discipliner les fraudeurs occasionnels, mais n’aurait aucun impact sur les individus qui sont désormais marginalisés par les normes sociales.

En revanche, une approche fondée uniquement sur les normes sociales mettrait non seulement beaucoup de temps à produire ses effets, mais se révélerait incapable de répondre aux crises et au sentiment, présent dans l’opinion publique, d’incertitude et de bienveillance.

Sources :