La noctilogie, cette nouvelle science consacrée aux phénomènes de la nuit

La noctilogie, cette nouvelle science consacrée aux phénomènes de la nuit

Publié le vendredi 11 juin 2021 à 18h50.

Nous devons gérer la nuit. Fort de ce dicton, deux scientifiques genevois, Eric Achkar et Pascal Moeschler, ont développé une nouvelle discipline : la noctilogie. Cette approche interdisciplinaire vise à examiner la nuit et ses multiples effets en tant que nouveau champ de recherche scientifique. Car, pour les deux amis, l’étude des ténèbres, qui épouse une partie de la Terre en rotation, est encore délaissée par les milieux scientifiques et universitaires.

Faire le pont

Faire le pont

« Bien que les humains soient des animaux diurnes, la nuit occupe une part importante de notre existence », rappelle Eric Achkar, président de la Société astronomique de Genève. Plus encore, « il est impératif de s’y tourner pour essayer de trouver des réponses au réchauffement climatique et à la perte de biodiversité », renchérit Pascal Moeschler, ancien conservateur du Muséum d’histoire naturelle. La noctologie est une science urgente. « 

Ce biologiste a passé la majeure partie de sa carrière à étudier les chauves-souris et à son grand désarroi, il a observé les dommages causés par diverses lumières artificielles à diverses espèces. « Elle génère une pollution lumineuse importante dans nos villes, qui croît de 2 % par an, souligne Eric Achkar. A voir aussi : La danseuse Jeanne Morel met son art au service de la science. « On a oublié que le noir est une ressource pour les écosystèmes, il faut donc créer des couloirs noirs pour permettre aux animaux de se déplacer sans être brutalisés par les lampadaires », poursuit son collègue. Cette contamination est la deuxième cause de mortalité chez les insectes, après les insecticides, elle ne doit plus être sous-estimée. « 

Pour sensibiliser le public à cet enjeu, le duo a engagé en 2019 un projet ambitieux : « La nuit est belle », ou l’extinction totale ou partielle de l’éclairage public. Renouvelées annuellement en 2021, 178 communes du Grand Genève y ont participé. « C’est la plus grande opération du genre en Europe », ont déclaré ses créateurs. L’intérêt suscité entre le public et les professionnels de tous les domaines sociaux a conforté nos deux scientifiques dans la nécessité de créer en décembre 2019 la « boîte de nuit » pour faire le pont entre les différents départements et rassembler les informations ou données existantes sur ce sujet. .

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La peur des ténèbres

Parmi eux, bien sûr, des astronomes, mais aussi des biologistes pour étudier la faune et la flore, des géographes pour modéliser des paysages nocturnes, des architectes pour étudier l’urbanisation des villes, des ingénieurs pour réfléchir à l’optimisation énergétique, des physiciens pour expérimenter, des médecins pour analyser le rythme du sommeil, des historiens pour explorer l’évolution de l’éclairage public, des sociologues, des anthropologues et des psychologues pour explorer notre rapport à la nuit, des agriculteurs pour améliorer leurs productions et même des avocats pour faire du ciel une personne morale. Lire aussi : Deux astronautes sortent dans l'espace sous l'œil de Thomas Pesquet. « La nuit est liée en interne à tous les départements », résument-ils.

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Sources :

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